Par fidélité au Führer, par patriotisme, par haine du bolchevisme ou pour toute autre raison, les pilotes de la Luftwaffe ont combattu jusqu’au dernier jour de la guerre. Fort peu ont déserté, même quand l’issue était devenue inéluctable. Les plus lucides d’entre eux avaient compris depuis longtemps que le « jusqu’à notre victoire finale » martelé en haut lieu ne résonnait plus que comme des mots vides de sens. Comme l’hémorragie qui saignait l’aviation à blanc n’était apparemment pas suffisante, certains imaginèrent des missions sans retour, histoire de pratiquer de nouvelles coupes sombres dans la jeunesse allemande à laquelle était demandé le sacrifice suprême für Volk und Vaterland – pour le Peuple et la Patrie. Le plus étonnant est que les volontaires n’ont pas manqué, comme si cette jeunesse refusait de survivre à la chute du III. Reich. Ils avaient 18-20 ans. Ils avaient été élevés au biberon du nazisme, embrigadés dès leur adolescence dans les Hitlerjugend. Ils avaient le fanatisme d’un âge où l’on rêve de changer le monde. Mais ils n’étaient que des mômes. Autant est peu critiquable l’attitude des pilotes qui ont lutté jusqu’au bout, soit pour prendre une dernière revanche à bord de leurs Wunderwaffen après des mois de frustration, soit pour permettre aux réfugiés de l’Est d’échapper à l’avance des troupes soviétiques, autant ceux qui ont envoyé ces jeunes à une mort certaine auraient mérité de passer devant un tribunal pour « crime envers leur propre peuple ». Parce que eux savaient que, de toute façon, la guerre était perdue et depuis longtemps.
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